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La Guyane en voilier, naviguer dans l’enfer vert

Surprenante découverte de la Guyane en voilier

En partant du Cap vert, le plaisancier doit choisir entre une route plein ouest vers les Antilles ou un détour plus au sud, en passant le pot au noir, pour aller découvrir le pays de la samba et du football. C’est cette deuxième option que nous avons choisi. Après 10 jours de navigation sans trop de difficultés, nous sommes arrivés à Fernando de Noronha, une île magique où des dizaines de dauphins nous accueillent au mouillage tous les matins. Je pourrais enchainer les lignes en vous racontant cette superbe escale au Brésil. Ses mouillages, son carnaval, les précautions que nous avons pris pour notre sécurité, les vagues tubulaires que nous avons surfées. Le Brésil c’était génial mais on s’en doutait. Par contre on se s’attendait pas à une telle découverte sur l’escale suivante. 

Pour remonter vers les Antilles, nous avons tracé directement de Fortaleza à Cayenne, pour découvrir le Guyane en voilier. Nous avions prévu une quinzaine de jours sur place avant de continuer sur la Martinique. Nous sommes restés un mois sur ce territoire qui gagne à être connu. Contraint par un retour en France prévu au départ de la Martinique, nos billets d’avion nous obligeaient à reprendre la mer au bout d’un mois d’escale, mais si nous avions pu nous serions restés bien plus longtemps sur ces terres humides que l’on surnomme l’enfer vert.

Arrivée en Guyane en voilier

Avec Aurélien mon compagnon et Nael notre petit mousse alors âgé d’un an, nous naviguions depuis presqu’un an quand notre voilier, un Océans 411, a croisé pour la première fois les eaux saumâtres et sombres de l’Amazonie. Cela fait une drôle d’impression d’arriver tout à coup sur une mer verte et brune, chargée de sargasses. La différence de densité empêche les eaux de se mélanger rapidement et forme une démarcation franche entre ces deux territoires. D’un côté la civilisation, de l’autre la jungle, terrain d’exploration des chercheurs d’or et chasseurs d’espèces exotiques. Après une navigation sportive qui nous pousse énergiquement, avec plus de 3 noeuds de courant vers la Guyane, nous sommes accueillis par les ibis roses qui volent en groupe au-dessus de la rivière qui se déverse à l’embouchure de Cayenne, le Mahury. Nous faisons un premier stop à Dégrad des Cannes. La marina n’est pas très entretenue, mais elle a le mérite d’offrir eau et électricité au marin qui doit faire son avitaillement. Le lieu n’est pas très charmant, nous sommes face au port industriel et la marine nationale, et pourtant l’esprit de l’Amazonie nous entoure déjà avec une végétation dense qui se déverse sur les rives de cette large rivière. L’eau chargée de sédiments qui glisse puissamment sous nos coques est épaisse et marron. Ce n’est pas ici que nous plongerons pour gratter la coque de Maloya et ce ne sera de toute façon pas nécessaire puisque l’eau douce rendra notre coque parfaitement propre, grâce à son action biocide sur notre colonie marine. 

Découvrir Cayenne et ses environs

Dégrad des Cannes est un parfait point de départ pour visiter les sites touristiques qui entourent la capitale. En commençant par son marché, avec ses fruits exotiques tel les ramboutans, sortes de litchis chevelus, et un stop incontournable sur les stands des soupes vietnamiennes, j’en salive encore rien qu’en écrivant ces lignes. Soupes fumantes aux odeurs de basilic, citronnelle, crevette ou viande, nuoc mam, sauce soja et citron. La capitale vieillit mal, l’humidité attaque les façades et les toitures, mais Cayenne garde un peu de son charme d’antan grâce ses anciens immeubles et maisons au style colonial. 

Nous louons ensuite une voiture pour aller passer un dimanche dans le petit village de Cacao habité par les hmongs. Accueillis par la Guyane il y a une quarantaine d’années, les hmongs fuyaient alors le régime communiste du Laos. Aujourd’hui, ils sont devenus les premiers cultivateurs du territoire. C’est grâce à cette communauté que l’on trouve autant de fruits et de légumes sur les étales de Cayenne. Lorsqu’ils sont arrivés, Cacao n’était qu’un camp d’orpaillage délaissé, situé à 80 km de Cayenne. Il n’y avait que la forêt, une petite clairière et une piste d’avion, il a fallu abattre la forêt à la main. Il flotte aujourd’hui sur ces terre un petit air mélancolique du Laos. Avec leurs larges toits pointus et colorés, les habitations du village se détachent de la végétation humide. Au sommet de la colline, un temple bouddhiste veille paisiblement sur les habitants et leurs plantations. Ce weekend toute la Guyane s’est donnée rendez-vous dans le creux de cette vallée pour la fête du ramboutan. Les stands ont été pris d’assaut et il ne reste plus un fruit à l’écorce rose et velue. Nous nous rabattons sur le stand des soupes et des boissons à base de billes de tapioca et de lait de coco aux couleurs vitaminées. Avant de repartir, nous n’oublions pas de découvrir les vitrines extraordinaires du petit musée des insectes. On y observe avec méfiance la tarentule qui aussi surprenante que cela puisse paraitre, ne pique jamais son support. Ainsi on peut la garder au creux de sa main sans crainte. Grands et petits écoutent les yeux ouverts écarquillés, les explications du guide face au plus vénéneux des scorpions, le tityus cambridgei. Ne vous fiez pas à sa petite taille, plus le scorpion est petit et équipé de pinces réduites, plus son venin est toxique. Me voilà désormais en train de comparer la taille de ma main avec celle d’un scarabée géant ou encore d’une blatte qui heureusement ne colonisera jamais nos fonds de cale. Surprenante visite, nous repartons par la volière où de magnifiques morphos, ces papillons aux colorations bleues métalliques, vire-voltent au-dessus de nos têtes. 

Les carbets en Guyane

Ce soir, nous allons tester une expérience purement guyanaise, une nuit en carbet. Ici le weekend, on a pour coutume de partir sur sa coque en aluminium, chargée de la glacière, du produit anti-moustiques, des hamacs, à la recherche d’un carbet. Les carbets sont des petites cabanes construites dans la jungle. Ce sont des constructions privées mais leur accès reste libre. Aujourd’hui face au succès touristique de ces cabanes, certaines sont devenues payantes car munies de l’électricité et de sanitaires mais la base reste de profiter d’un toit, un plancher en bois, plusieurs crochets pour attacher nos hamacs et la jungle comme fond sonore. Pour notre première nuit en forêt et surtout le premier dodo de Nael en hamac, nous choisissons un beau carbet construit sur les rives de la Comté. Ce soir, à la lueur de la lune et de la seule ampoule qui éclaire le plancher, nous faisons connaissance d’une française installée à Cayenne et de ses parents qui lui rendent visite. On joue aux cartes, on partage notre repas, le tout sous l’oeil paisible d’une grosse tarentule qui a décidé de passer la nuit au-dessus de nos hamacs. Après une nuit agitée mais fort agréable au son de la jungle et de ses mystérieux habitants, nous gonflons nos paddles pour aller découvrir la rivière. 

Nous continuons notre visite des environs de Cayenne toujours par la route, cette fois nous roulons vers Kourou. Nous aurions aimé aller mouiller dans la rivière de Kourou, mais les sondes ne paraissent pas très fiables et son embouchure un peu risquée avec ses bancs de sable. Ici la dragueuse passe beaucoup moins souvent qu’à Dégrad des Cannes. C’est grâce aux réseaux sociaux et à notre page « Poussé par le vent » que nous faisons la connaissance de Florent et de sa famille. Ce militaire, en fonction pour trois ans à Kourou, nous invite à passer une journée dans le carbet du centre spatial. Après avoir mis sa coque à l’eau, nous filons à vive allure sur le Kourou, tout à coup mon doigt se lève vers le sommet des arbres. Là, un paresseux profite du soleil, sacré point de vue et belle planque pour cet animal qui doit ruser faute de vitesse pour fuir face au prédateur. Le carbet est immense et perché sur pilotis. Florent nous explique qu’à la saison des pluies, la berge est inondée et qu’on vient jusqu’aux pieds du carbet pourtant largement surélevé pour accoster avec le bateau. Encore une fois les paddles font parti de l’aventure au grand bonheur de la fille de Florent et de ses copines. C’est elles qui nous motivent à se baigner, toujours dans cette eau trouble qui semble héberger des poissons carnivores et des espèces reptiliennes vénéneuses et dangereuses. Mais rassurez-vous, nous n’en verrons aucune. Les caïmans par exemple sont tellement chassés qu’il faut s’enfoncer de nuit sur plusieurs kilomètres dans la forêt pour en apercevoir. 

Assister au décollage d’une fusée

C’est Noël pour Aurélien et moi, puisque nous allons avoir la chance de voir la fusée Ariane 5 décoller, le tout en amoureux. Nael la verra de la plage des Roches avec Florent et sa famille. Assis sur les gradins d’un des 5 sites rapprochés d’observation (15 km) du centre spatial guyanais, les écrans géants retransmettent les images de la salle de contrôle. Aujourd’hui le plus gros des lanceurs européens va mettre sur orbite deux satellites de télécommunication. Les japonais et les anglais ont fait confiance à l’expertise européenne. Le spectacle est unique et la tension palpable en salle de contrôle après le dernier tir problématique du 25 janvier. Nous cherchons tous la fusée dans le vert de la jungle, soudain 5 secondes avant le décollage, les réacteurs s’allument et tout à coup une lumière aveuglante jaillit de la forêt. Le décollage est rapide, Ariane 5 est déjà au-dessus de nos têtes, les réacteurs se détachent. C’est vraiment génial de pouvoir assister à ce tir. Tout se passera bien pour ce 242 ème décollage de la filière Ariane. 

Les îles du Salut, la Guyane en voilier

Après avoir eu la tête dans le bleu du ciel, nous retrouvons celui de l’océan pour faire cap vers les îles du Salut après avoir réalisé le plein d’eau au ponton de la marina de Dégrad des Cannes, bien agité avec le fort courant du fleuve. 30 miles plus tard, les îles se dévoilent à nous sous un ciel laiteux, tel un mirage. Le silence règne à bord. Nous essayons d’imaginer l’état d’esprit dans lequel se trouvaient les centaines de bagnards qui arrivaient sur ces îles carcérales. Les îles du Diable, Royale et St Joseph furent le lieu de réclusion de 1600 bagnards entre 1852 et 1946.

Les ruines du bagne sont encore en excellent état et alors que nous venons de regarder le film « Papillon » , nos jambes sont fébriles lorsque nous découvrons les cachots sombres et exigus de l’île St Joseph. Aujourd’hui, seuls les paons et les agoutis, petits rongeurs guyanais,  parcourent ces couloirs lugubres. Plus loin, le cimetière des gardiens entouré d’une cocoteraie fait face à une plage de galets. Au loin, notre regard se porte sur la tristement célèbre île du Diable où fut reclus le capitaine Dreyfus pendant 1517 jours. Le mouillage au décor tropical invite à la balade nautique, même si l’envie de se baigner dans cette eau trouble et opaline reste timide. Je jette mon stand up paddle à l’eau pour une séance de paddle yoga, histoire d’ajouter un peu de paix dans ce lieu chargé de souffrance.

Remonter le fleuve Maroni en voilier

Le prochain stop de cette escale guyanaise nous excite tout particulièrement. Nous avons beaucoup hésité avant de nous lancer dans l’aventure, mais c’est décidé demain nous remonterons le fleuve Maroni. 90 miles en mer et 20 miles de navigation en rivière nous attendent. Le passage le plus difficile sera les dangereux bancs de sable à l’embouchure du fleuve. Escale ultime de notre découverte de l’histoire des bagnards en Guyane, St Laurent du Maroni était la première étape du voyage carcéral pour ces prisonniers qui étaient ensuite dispatchés sur les 30 camps et pénitenciers du territoire. 

Après une navigation de nuit le long des côtes guyanaises, nous voilà face aux eaux peu profondes de l’embouchure du Maroni. Pour rajouter un peu de difficulté à l’exercice, les pêcheurs du Suriname n’hésitent pas à tendre leurs filets en travers du chenal balisé. A la voile et le moteur allumé en cas d’échouage, le sondeur affiche tout à coup 2 m. Sur la carte on nous précise une zone à 1,6 m. Nous ne sommes pas à marée basse et Maloya tire 1m70 de tirant d’eau.  Nous décidons de faire confiance aux balisages et avançons précautionneusement. Ouf, c’est passé. La suite est plus sereine, avec des sondes allant jusqu’à 15 mètres. Plusieurs fois, le chemins ouvre sur des affluents, l’envie me brule de bifurquer pour nous enfoncer dans les méandres de cette forêt inondée. Nous naviguons sur la frontière entre le Suriname et la Guyane Française. St Laurent du Maroni est une petite ville agréable, très animée du fait de sa proximité avec la ville surinamaise d’Albina. Les douanes et l’immigration ferment les yeux sur un trafic dense en barque à travers le Maroni. Juste à côté du port officiel et de son embarcadère, des dizaines de barques chargent et déchargent marchandises et passagers. Un ami nous raconte que si nous souhaitons acheter un nouveau moteur hors bord, c’est à Albina qu’il faut aller de même pour le réparer, on y trouve tout et à bon prix. 

Nous nous amarrons sur bouée grâce à l’initiative d’un italien qui a créer le Rallye Nereides – St Laurent du Maroni et la marina qui porte le même nom. Un petit bar et de l’aide pour les formalités constituent l’essentiel des services de ce petit yacht club. Bien sûr, impossible de venir ici sans visiter le bagne de Guyane, le plus grand qui accueillit 104 100 condamnés et la fameuse cellule de Papillon, signée de sa main. 

Jamais deux sans trois, nous choisissons de revivre l’expérience unique d’un carbet. C’est en compagnie de deux couples de plaisanciers que nous allons passer une nuit en forêt accompagnés de notre guide hmong Mr Lee. Armé de son couteau, il nous ouvre le chemin dans une forêt épaisse et nous explique comment construire des pièges pour chasser le gibier. Son père qui a fait la guerre du Vietnam organise toujours des stages pour les légionnaires. Avant d’arriver au carbet, il a fallu parcourir à vive allure pendant une demie-heure la rivière à bord d’une barque en aluminium pilotée par notre guide. C’est l’occasion de découvrir des espèces sauvages comme le cacao de rivière, véritable friandise pour les singes. La nuit promet d’être très humide au creux de nos hamacs, ce soir la pluie est torrentielle. Nous sommes brumisés, ce qui n’a pas l’air de déranger la tarentule qui se gratte la tête au-dessus de ma moustiquaire. 

Avant de quitter St Laurent du Maroni, nous faisons un petit tour par le marché qui n’a rien a envier à celui de Cayenne. Les formalités de sortie sont rapides, nous lâchons la bouée pour partir vers la Martinique. Mais avant de quitter ce fantastique territoire, nous allons passer deux nuits dans les affluents du Maroni. La première se fait au son des singes hurleurs qui nous ont accompagné tout au long de cette escale. Les cris gutturaux de nos cousins résonnent au plus profond de nos êtres. Quelle puissance sauvage se dégage de ce râle ! Plus le temps passe et moins nous avons envie de quitter la Guyane.

Nous faisons une dernière halte face au petit village d’ Ayawande. Le village est calme, seules quelques familles y habituent toujours. Heureusement, c’est le weekend et nous avons la belle surprise de voir arriver une petite famille qui vient de la ville d’en face, Awala Yalimapo. Ils travaillent tous les deux à la ville, mais ont choisi de construire leur maison au village pour y revenir tous les weekends, lui est natif de cette communauté, elle, est métropolitaine. Sacré grand écart de culture pour ce couple original. Le plus jeune de leurs garçons est content de jouer avec Nael.

Ici au village on construit encore les barques de façon traditionnelle, dans de grands arbres creusés à la main puis brûlés et contraints à la flexion par des cales de bois. Une vieille femme fabrique des colliers de perles pour les vendre aux rares visiteurs. La nuit est encore paisible sur cet affluent, à condition de ne pas oublier de fermer tous les hublots à l’heure de la volée des moustiques. Cette nuit les singes n’ont pas hurlé, ce qui rend notre départ un peu moins difficile le lendemain.

Alors que l’ancre s’arrache une dernière fois de ce fond sombre et sableux, sur la berge les mains s’agitent. Dans le cockpit Nael agite son poignée, nos yeux brillent et nos coeurs se serrent. Magique Guyane, nous avons tant aimé sillonner tes eaux douces et parcourir ta forêt, merci pour toutes ces belles découvertes. 

La Guyane en voilier, informations complémentaires :

1750 Miles pour traversée l’Atlantique: Cap Vert – Cayenne. Cap 245°.

950 Miles pour la remontée en Guyane : Fortaleza – Cayenne. Cap 305°.

660 Miles pour la remontée sur la Martinique : St Laurent du Maroni – Le Marin. Cap 141°

Formalités d’entrée : entrée et sortie possibles à Cayenne et St Laurent du Maroni

Approvisionnement : 

  • Cayenne (Dégrad des Cannes) : eau, électricité. Une voiture est nécessaire pour le reste car la marina est à plusieurs kilomètres de la ville où vous pourrez tout trouver.
  • St Laurent du Maroni : eau (jerrycans). Commerces à proximité, on peut presque tout faire à pied sauf le carburant.

Mots clés qui ont permis aux internautes de trouver cet article:

  • University of Antilles-Guyane mail

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A propos de Sarah Hébert

Je suis la capitaine du bord mais heureusement que mon homme est là pour me compléter à merveille, notamment sur toutes les tâches ingrates style la mécanique! ;) C'est principalement moi qui tiens ce blog, j'adore partager ma passion et communiquer mon amour de la mer. Si vous avez des questions posez-les moi en commentaire, je me ferai un plaisir de vous répondre à la prochaine escale! Rejoignez-nous sur notre profil Google+

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